L' "Agir moral" dans
le confucianisme : la problématique.
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1. La bi-polarité
En 1939, Feng Youlan souligne comme important l'absence en Chine de
Panthéon : « l'agir » des beaux-arts ou de la
découverte scientifique ne compte pas. Seul compte l'agir moral.
Feng ajoute que ceci ne signifie pas que les Chinois se soient conduits
plus moralement que les autres ; mais que, en régime
confucéen, l'ensemble de l'agir humain est articulé en
termes de moralité.
En 1986, Jin Guantao résume ainsi cette articulation : "en
Chine, toute l'activité tourne autour de ces deux pôles
que sont : 1. la perfection morale du sujet ; 2. le service de la
société." Cette bi-polarité exclut un
troisième pôle qui serait, par exemple, le service de
Dieu. Cette formule de Jin Guantao reprend bien une autre formule,
elle, traditionnelle : perfection/sagesse ad intra, et un gouvernement
à la Salomon ad extra. L'une et l'autre sont nécessaires,
et il y a un va-et-vient constant de l'un à l'autre. Bref,
l'agir moral est des deux côtés, il ne suffit pas ad extra
de se conformer à des règles de conduite,
Cette bi-polarité nous la trouvons déjà dans la
première ligne des Entretiens de Confucius : « Apprendre
quelque chose pour pouvoir le vivre à tout moment, n'est-ce pas
là source de grand plaisir ? » 1
L'agir moral est à la fois dans cet effort continu
d'apprentissage et dans sa mise en pratique. Ceci est redit autrement
dans la phrase suivante où les co-disciples se retrouvent et
vont
mettre en commun leur expérience et ainsi approfondir leur
apprentissage
: « Recevoir un ami qui vient de loin, n'est ce pas la plus
grande
joie ? » Ces gens peuvent faire leurs prières, mais ce
qu'ils
veulent accomplir, c'est sauver la société -
ce qu'ils ne peuvent faire sans travailler sur eux-mêmes. Et, la
troisième phrase des Entretiens ajoute la mention d'une "limite"
et d'une question : le chômage technique confucéen :
«
Etre méconnu des hommes sans en prendre ombrage, n'est-ce pas le
fait de l'homme de bien ? » Confucius est « ce type qui
s'obstine
à vouloir changer le monde, alors qu'il sait très bien
qu'il n'y arrivera pas. » L'agir moral confucéen est-il
voué
à l'échec ?
Voilà pour Confucius. Et Mencius. Au 20e siècle, les
intellectuels chinois parlent de leur « mission » : sauver
le pays, et ils passent leur temps à se culpabiliser car ils
réalisent qu'ils n'y arrivent pas. Le "dernier
confucéen", Liang Shuming (l893-1989), se lance dans la
réforme rurale. Lui, continue à croire qu'il peut
réussir, mais il admet que, si son agir est bien
confucéen, sa vie intérieure, elle, est bouddhiste une
confidence qui suggère que le confucéen est plus
angoissé qu'on ne l'imaginait, et que l'agir confucéen
révèle des questions sans réponse (What is wrong
with Confucianism ?)
2. Confucianisme en action : biographies
Gardons les pieds sur terre : il faut d'abord voir ce que
« font » ces confucéens dans leur « agir moral
» . Prenons l'un des plus grands (certains disent, le plus grand)
: Wang Yangming (1472-1529) Dans sa jeunesse, il s'intéresse
à
tout : le tir à l'arc, aux problèmes de défense,
aux
méthodes taoïstes pour prolonger la vie, et aussi aux
compositions
littéraires. Il se marie aussi, à l'âge de 16 ans.
A 20 ans (1492), il est jinsh i, et travaille dans des
ministères. A 30 ans (1502), il tombe malade, et est en
congé pendant deux ans. En 1504, secrétaire au
ministère de la Guerre. A ce moment-là, il a aussi des
étudiants qui lui demandent de les guider : il les exhorte
à prendre la décision de devenir des sages
confucéens. A 34 ans (1506), il présente une
requête en défense d'un censeur qu'il ne connaissait pas,
mais avait été injustement emprisonné par
l'eunuque Liu Jin. Wang est alors emprisonne pendant plusieurs mois et
condamné à 40 coups de "bastonnade-au-Palais", puis banni
chez les Miao et Liao au nord-ouest de Guizhou. En route, il est
poursuivi par les agents de l'eunuque et leur échappe en
simulant une noyade-suicide. Chez les Miao, les conditions sont
primitives, on
vit dans des huttes, etc. A 36 ans (1508), une nuit, c'est
l'illumination.
Il est réhabilité en 1510. Pendant le reste
de sa carrière, soit 19 années, il est magistrat de
district, gouverneur de province. Il dirige notamment quatre campagnes
militaires contre des armées de rebelles et bandits. Il
"organise aussi les secours et la reconstruction ; lutte contre les
inondations, met en place le système de co-enregistrement de 10
familles ; réajuste les impôts
; ouvre des écoles de village, et instaure le xiangyue (paroisse
rurale confucéenne)."
Le moment le plus difficile fut en 1519-20. Avec une armée de 80
000 soldats il bat les troupes insurgées du Prince de Ning et
fait celui-ci prisonnier. Mais, l'empereur et ses courtisans, auraient
voulu s'attribuer à eux-mêmes l'arrestation du Prince, et
lui demandent de relâcher le Prince !!!
En 1522, son père meurt et il fait le deuil prescrit. En 1525
(il a 53 ans), sa femme meurt sans enfants, il se remarie et finalement
a un fils. Wang meurt en 1529.
Qu'est ce qui fait la vie de Wang Yangming ? Nous savons que les deux
vertus cardinales étaient la piété filiale et la
loyauté envers le suzerain, et qu'ultimement c'est la
piété filiale qui est centrale. Remarquons que Wang ne
semble pas préoccupé d'avoir un fils, ce qui était
l'exigence première en matière de piété
filiale. De plus, nombre de fois, il cherche à se retirer des
affaires publiques : son enseignement lui semble plus important. Il
semble donc que son agir renvoie à un projet de vie personnel,
où il met ses nombreux talents au service d'une vision morale.
3. Définir l'agir moral
Quelles sont les caractéristiques de l'agir moral ? Il ne suffit
pas d'avoir une conduite qui pose les actes qui seraient définis
comme moraux. L'agir moral est conçu comme l'expression d'une
attitude intérieure, qui se définit essentiellement comme
"sans intention." [Cette "non intention" est du reste au centre du
débat
sur la vie morale dans le livre de Matteo Ricci, True Meaning of the
Lord
of Heaven].
"Non-intention" signifie : 1. pas d'arrière-pensée,
c'est-à-dire on ne recherche pas de profit pour soi :
matériel, ou bonne réputation, ou paradis. 2. on ne force
rien, c'est de l'ordre de la spontanéité
(piété filiale : tout est dans l'allure, ce qui ne se
commande pas.) 3. ordre de la spontanéité, car c'est la
nature humaine en chaque personne qu'il faut laisser répondre au
moment qui se présente. 4. ceci s'appelle non-intervention,
sincérité (fan shen er cheng.)
La question du non-profit personnel ne signifie pas que l'agir moral ne
doit profiter à personne. La spontanéité de la
nature humaine est de rechercher le « profit » d'autrui.
Cette spontanéité fait que l'agir moral n'est pas d'abord
de l'ordre du « il faut », mais aussi du cœur
. on se sait/sent solidaire de l'autre et de son bien être. C'est
le ren.
Bref, il s'agit d'une responsabilité totalement
désintéressée envers la société,
pour que celle-ci devienne plus humaine : « le premier à
se soucier des maux du monde, le dernier à se réjouir
quand tout va bien ».
4. L'apprentissage
Comment accède-t-on à ce milieu moral ? Il faut un
apprentissage (xue). Celui-ci débute par une décision de
suivre la Voie : celui qui prépare les examens réalise
que les Classiques ont un message plus important que la
réussite, l'esthétisme, l'érudition.
L'apprentissage fonctionne à deux niveaux : 1. réflexion
sur les choses, à partir de la lecture/étude des
Classiques avec leurs Commentaires , 2. divers « exercices
spirituels » : examen de conscience, jingzuo (assis en
quiétude, quiet-sitting), jing (gravité). Cette double
pratique constitue un cheminement menant à des
expériences de « réalisation » («
illumination »). Chaque guru
a sa propre manière de guider ses disciples sur ce chemin, sa
propre insistance sur un aspect.
La question centrale ici est celle de
l'extérieur/intérieur - question comparable à
celle de l'Imitation de Jésus Christ : à quoi sert de
connaître la définition de l'humilité, si on n'est
pas humble ? En termes confucéens : le texte des Classiques est
comme l'inventaire d'un héritage , on peut passer son temps
à lire le texte de cet inventaire, cela ne vous donne pas
l'héritage!
L' "agir moral" dans le confucianisme : textes anciens.
FANG Xiaoru (1357-1402) 2
L'Empereur Jian Wen (Hui Zong, 1399-1402) appela Fang pour
être un "érudit" de l'Académie Hanlin, puis le
nomma au poste d'instructeur-en-résidence. Chaque fois que
l'Empereur avait un doute, il appelait Fang pour lui donner la
solution. La relation entre lui et Fang était celle de
l'étudiant et du maître.
Quand la Porte Jinchuan de la capitale (Nanjing) tomba aux mains
des rebelles 3 , Fang se revêtu d'un
vêtement en toile de sac, comme pour le deuil de ses parents, et
pleurait sans cesse. Le nouvel Empereur, Chengzu l'appela à la
Cour, mais Fang n'y alla pas. Alors, l'Empereur envoya son disciple
Liao Yong pour de nouveau appeler Fang. Ce dernier dit à Liao :
"Cela fait des années que vous étudiez, et vous ne
comprenez pas ce que veut dire le mot 'juste'." Suite à quoi,
Fang fut mis en prison. Les écrits de Fang étaient
considérés par
tous comme les meilleurs de l'époque. Et pour cette raison, Yao
Guangxiao 4 insistait auprès de
l'Empereur
Cheng-zu : « A coup sûr, Fang refusera de se rendre. Mais,
vous ne devez pas le tuer. Si vous le faisiez, ce serait
détruire la semence de l'Étude. »'
L'Empereur, qui était déjà honteux de sa
propre rébellion impie, voulait que Fang lui rédige un
édit qui assouvirait le ressentiment populaire. Fang lui
était source de honte, en parlant du Duc de Zhou 5.
L'Empereur maîtrisait son humeur, il sollicitait ce texte. Mais,
sans cesse Fang le reprenait avec colère. Il fut
exécuté à l'extérieur de la Porte Jubao ;
il fut coupé en morceaux. Il avait quarante-cinq ans. Le nombre
des exécutions associées à la sienne
s'éleva à 847. Après le départ de la Cour
pour le sud du pays (1644), Fang reçu le titre honorifique
posthume de wencheng.
Fang a fermement endossé la responsabilité qui est
celle du sage et de l'homme de bien. Il ne se préoccupait pas du
tout d'affaires conventionnelles. Quand des amis l'interrogeait sur
la littérature, il parlait de la Voie (Dao), disant que la
littérature ne méritait pas qu'on s'en occupe. Pour lui,
c'est en comprenant la distinction entre l'universalité et
l'égoïsme, entre le juste et le profit, qu'on accède
à la Voie, et il faut examiner dans le calme nos pensées
au fur et à mesure qu'elles surviennent. Négliger ce
point, c'est comme laisser un cambrioleur aller et venir dans la maison
: rien ne peut être accompli. Il
interprétait Zhou Dunyi (1017-1073) et son insistance sur la
tranquillité,
disant qu'il fallait insister sur l'humanité et le juste, et que
l'équilibre des émotions et la tranquillité
suivraient.
Il ne s'agit pas d'un contrôle à tout prix du coeur/esprit
originaire, qui en font comme un morceau de bois ou une pierre,
incapable
de répondre aux choses. C'est pourquoi, selon lui, le sage n'est
pas sans mouvement. ( ... ) Et il a enseigné que la Voie est
incarnée
dans les affaires humaines et qu'elle est présente partout. Sa
discipline personnelle et la force de son esprit est comparable
à
celle de Zhu Xi. Il a vraiment été le patriarche de
l'étude sous les Ming.
Alors que son maître, Song Lian (1310-1381) bricolait avec
le bouddhisme et le taoïsme, Fang considérait ces deux
écoles comme les pires ennemis de la Voie, et s'en prenait tout
spécialement au bouddhisme. Il n'avait pas peur d'attaquer
ouvertement le bouddhisme, si bien qu'il y eut un moment où les
moines et leurs disciples le haïssaient tous. Les gens
médiocres, eux, ont
critiqué Fang sur deux points. Premièrement, ils l'ont
attaqué
pour avoir gagné la confiance du jeune empereur et, pourtant,
avoir
été incapable de sauver celui-ci du désastre.
Autrefois,
la restauration du féodalisme politique a résulté
dans la rébellion des Sept Etats, un événement
occasionné
par la politique de l'empereur Gao-zu des Han (qui régna de 206
à 195 av. J.-C.). De la même façon, le fondateur de
la dynastie Ming avait, à son insu, ouvert la voie pour
l'accession
au trône de Cheng-zu (son fils/frère ? cadet). Alors que
sous
les Han la rébellion avait échoué, la seconde
réussit parce que Cheng-zu était dix fois plus courageux
et plus intelligent que le Prince Pi, leader de la rébellion
sous les Han. Tout ceci montre
qu'il ne faut pas prendre succès/échec pour norme et
faire
porter sur la maison royale toute la responsabilité pour
l'échec.
En outre, Fang n'a jamais été chargé des affaires
d'Etat, l'empereur Hui-zong le consultait seulement sur les Classiques
et
en matière d'histoire.
Deuxièmement, on a aussi reproché à Fang une
impulsivité excessive qui aurait été la cause de
la destruction des dix clans de sa parenté. En fait, ces
exécutions sont dues à la dureté naturelle de
l'empereur Cheng-zu.
En homme révéré par tous sous le Ciel, Fang a
refusé d'acquiescer et de rédiger l'édit
désiré, si bien que l'empereur, dans son ressentiment et
sa cruauté, réagit de manière inhumaine sans
aucune considération de quoi que ce soit. Tout cela n'a rien
à voir avec une soi-disant réaction impulsive de la part
de Fang. Est-ce que ces critiques de Fang n'auraient pas
remarqué que Fang n'a pas été le seul à
subir de tels malheurs ? Est-ce que tous ont été
excessivement
loyaux ou bien faut-il attribuer ces évènements à
un
destin inexorable ? Cai Qing a dit : "Un homme comme Fang Xiaoru
apparaît seulement une fois tous les mille ans. Il est heureux
que Ciel-Terre lui
ait donné naissance, et cependant, malheureusement, Ciel-terre
ne
l'a pas protégé jusqu'au bout ou ne lui a pas permis de
devenir utile au monde. Est-ce que Ciel-Terre est vraiment doué
d'intelligence ?" Paroles douloureuses qui nous incitent en quelque
sorte à nous
interroger et murmurer contre Ciel-Terre. Paroles telles qu'elles nous
apprennent
que les justes d'autrefois ont su porté un jugement juste sur
Fang
Xiaoru.
ZHU XI, Commentaire sur la Grande Etude 7
La phrase « l'extension de
la connaissance consiste dans l'examen des choses » signifie que
si je veux étendre ma connaissance, je dois aller au fond du
principe de toute chose qui se présente à moi.
L'intelligence de
tout homme est pourvue d'aptitude à connaître, de
même
que toute chose sous le Ciel est pourvue de principe. Tant qu'il reste
des
principes qui n'ont pas été explorés à
fond,
la connaissance n'est pas exhaustive. Voilà pourquoi la Grande
Etude
dans ses toutes premières instructions, recommande instamment
à
celui qui apprend, devant quelque chose que ce soit, de commencer par
ce
qu'il connaît de son principe et de l'explorer jusque dans son
fond
ultime, de façon à pousser sa quête à
l'extrême.
A force de labeur et de longueur de temps, un beau jour subitement, il
pénétrera tout dans une même unité.
De toute évidence, cette connaissance-là n'est pas
à comprendre dans un sens empirique et objectif : il s'agirait
plutôt d'une « co-naissance » comme intuition
immédiate. Quant à l'examen du principe, il évoque
d'emblée un projet moral qui ne peut être mené
à bien que de manière cumulative, même si la
pratique morale peut parfois aboutir à une illumination
instantanée.. La Préface à la Grande Etude indique
une voie graduelle que Zhu Xi met ouvertement en parallèle avec
les trois grands principes et le chemin octuple du bouddhisme.
L'exigence de « se perfectionner soi-même afin d'être
en mesure de gouverner les hommes » signifie que la
régénération de la société passe par
une discipline individuelle pratiquée par tout un chacun. Zhu Xi
prend grand soin de distinguer ce cheminement de l'illumination subite
du Chan (Zen) en soulignant, dans un esprit éminemment mencien,
la responsabilité politique du souverain d'assumer
l'éducation de tous grâce à un réseau
d'écoles, depuis la capitale jusqu'au plus petit village.
FLORILEGE : ZHANG ZAI (1020-1078), « Inscription de l'ouest
»
Le Ciel, c'est mon père, la
Terre, c'est ma mère. Et moi, être insignifiant, je trouve
ma place au milieu d'eux. Ce qui remplit le Ciel-Terre fait corps avec
moi, ce qui régit le Ciel-Terre participe de la même
nature que moi.
Tout homme est mon frère, tout être mon compagnon. Le
souverain suprême est le fils aîné de mon
père et de ma mère, les grands ministres sont ses
serviteurs.
Ayez respect pour les anciens de manière à traiter
les plus âgés comme ils devraient l'être , ayez
amour pour les orphelins et les faibles, de manière à
traiter les plus jeunes comme ils devraient l'être. ( ... ) Tous
ceux dans le monde qui sont las, infirmes, mutilés, malades,
ceux qui sont esseulés après avoir perdu frères,
enfants, épouse, mari,
tous sont mes frères, eux qui, dans l'adversité, ne
savent
vers qui se tourner. ( ... )
Richesses, honneurs, bienfaits et largesses m'assurent la
prospérité dans la vie ; pauvreté, basse
condition,
souci et chagrin me portent vers l'accomplissement personnel. Dans la
vie, je suivrai et servirai (le Ciel-Terre) ; dans la mort, je serai en
paix.
L'"agir moral" dans le confucianisme : Feng Youlan (1895-1990).
FENG YOULAN : Questions sur l'agir moral confucéen
Même celui qui est dans le milieu transcendant n'a pas
d'autres activités que les activités ordinaires de tout
le monde. Cheng Yichuan déclare : « Par la suite,
on se mit à parler de la réalisation de sa
nature et de l'accomplissement de son destin comme d'une
activité spéciale. Or, la réalisation
de la nature, l'accomplissement du destin et la piété
filiale ou le respect des aînés, c'est une seule et
même activité. C'est par la piété filiale et
le respect des aînés que l'on réalise sa nature et
accomplit son destin. Quant à balayer et répondre aux
demandes, c'est aussi une seule et même activité que
réaliser sa nature et accomplir son destin. Aucune de ces
activités n'est plus fondamentale ou plus élevée
que les autres ». » Mais, de nos jours, il ne manque pas de
gens qui pratiquent la piété filiale, qui sont
respectueux de leurs aînés, mais sont incapables de
réaliser leur nature et d'accomplir leur destin : c'est qu'ils
ne comprennent pas ce qu'ils font. » 8
Ils ne comprennent pas ce qu'ils font, c'est à dire que tout est
dans l'obscurité et ils restent des gens ordinaires. Pour ceux
qui comprennent, au contraire, tout est en pleine lumière, aussi
peuvent-ils être Sages. Les Sages ont le plus haut niveau de
compréhension et de conscience de soi, tout en accomplissant les
activités les plus ordinaires : «
atteignant au plus sublime, tout en suivant la voie ordinaire ».
Ainsi donc, les différents milieux dont nous
parlons n'existent pas par eux-mêmes, en dehors des
activités ordinaires. Quelques soient nos milieux respectifs,
nous pouvons avoir des activités semblables, qui cependant ont
pour chacun des significations fort différentes et ce sont ces
différences de signification qui constituent leurs
différents milieux. Aussi dans tout ce que nous avons dit des
milieux, nous considérons des conduites. En termes
de conduite, les activités poursuivies par l'homme peuvent
simplement
être des activités ordinaires. Indépendamment de
ces
activités ordinaires, certains s'engagent dans d'autres affaires
qui ne sont pas communes à tous, comme la méditation
bouddhiste,
à la recherche d'un autre milieu : je pense que ceux qui se
livrent
à ces jeux doivent alors introduire des distinctions entre
«
l'intérieur » et « l'extérieur », entre
« vie active » et « vie contemplative ». Pour
eux,
les activités ordinaires sont de l'ordre de l'extérieur
tandis
qu'un certain milieu constitue l'intérieur, ils
considèrent que s'adonner aux activités ordinaires, c'est
de l'action, tandis que jouer à leur milieu, c'est de la
contemplation. Incapables de dépasser
ces distinctions, ils sont amenés à
préférer l'intérieur
à l'extérieur, à valoriser la contemplation au
détriment de l'action, et ainsi leur vie repose sur une
contradiction. (… )
Autre question : ces « activités ordinaires »
ne sont pas identiques pour tout le monde. Un militaire va à
l'exercice ou fait la guerre, un étudiant va en classe et
étudie. Que faut-il donc entendre par « activités
ordinaires » ?
Nous répondons que ces activités ordinaires
sont de toutes sortes. Dans la société, chacun est une
certaine sorte de personne, qui s'emploie aux activités
ordinaires de cette sorte de personne. Pour employer une expression
familière en temps de guerre, chacun « est à son
poste », faisant ce qu'il doit faire. Quelque soit le «
poste », les activités à ce poste ont une
signification différente selon le degré de
compréhension et de conscience de soi des uns et des autres.
Donc, toutes les activités ordinaires, quelles qu'elles soient,
constituent
« une seule et même activité » avec « la
réalisation de sa nature et l'accomplissement de son destin
».
Toute activité ordinaire peut « réaliser la nature
et
accomplir le destin ».
Autre question : avec chacun entièrement pris à ses
activités ordinaires, y a-t-il encore place pour du nouveau,
pour la créativité, pour la découverte ?
Réponse : par « activités ordinaires »
nous voulons dire que chacun « est à son poste »
faisant ce qu'il doit faire. Ceci ne signifie pas qu'il doit seulement
observer le règlement à la lettre, sans innovations
créatrices. Quelque soit son milieu, chacun doit «
à son poste » employer toute son intelligence à
l'accomplissement de sa tâche. S'il en est ainsi et si son
intelligence lui permet d'innover et de créer, et si par
ailleurs il a atteint le milieu transcendant, cette activité
créatrice constitue « une seule et même
activité » avec « la réalisation de sa nature
et l'accomplissement de son destin ».
Nous mentionnons spécialement ce point car, quand les
néo-confucéens des époques Song et Ming parlent
des « relations humaines ordinaires », apparemment ils
parlent seulement des activités communes à tous, par
exemple « servir son père, servir son suzerain ».
Quant aux autres activités, celles qui ne sont pas communes
à tous, la création artistique par exemple, ils les
considèrent toutes comme des « divertissements futiles
» qui apparemment ne peuvent pas faire « une seule et
même activité » avec « la réalisation
de sa nature et l'accomplissement de son destin ». C'est
là une autre insuffisance de la position des
néo-confucéens. Si
on peut réaliser sa nature et accomplir sa destinée en
balayant et en répondant aux demandes, pourquoi ne pourrait-on
pas le faire en composant des poèmes ou en écrivant ? (
... ) S'il n'y
a pas de compréhension consciente, la réalisation de la
nature et l'accomplissement de son destin sont des paroles en l'air et
donc on peut parler de divertissements futiles, mais s'il y a
compréhension et conscience de soi, alors la composition de
poèmes ou l'écriture aussi peuvent réaliser la
nature et accomplir le destin.
Dans les propos qui ont été conservés des
maîtres des époques Song et Ming, il y a aussi beaucoup de
discussions qui sont aussi inutiles. Par exemple, ils débattent
pour savoir si en dehors de pratiques comme le maintien de la
révérence et la préservation de la
sincérité, il doivent aussi étudier l'histoire des
institutions et la géographie. Ce genre de question ne fait pas
problème. Si quelqu'un étudie l'histoire, il est
évident qu'il doit étudier ces sujets, si quelqu'un fait
des études d'ingénieur, il est évident qu'il doit
étudier les techniques des « ponts et chaussées
». C'est au milieu de ces diverses études qu'ils doivent
pratiquer la révérence et préserver la
sincérité. Apparemment, les dernières
écoles néo-confucéennes estimaient que ces
pratiques n'étaient pas compatibles avec ce genre
d'études. Ils étaient tombés dans les travers des
bouddhistes, ce qui appela la réaction de Yan Yuan et de Li Gong
9 .
Dans Xin Lixue 10 nous expliquons
que l'existence de toute chose est mouvement. Quand ce mouvement
s'arrête, cette chose retourne au néant. L'homme doit
agir, et originairement les milieux d'existence sont ceux de
l'activité humaine. Nous avons parlé plus haut d'«
atteindre au plus sublime tout en suivant la voie ordinaire » .
La centralité ordinaire, ce n'est
pas la vulgarité ordinaire. Comprendre parfaitement cet
originairement ainsi, c'est « atteindre au plus sublime ».
Ne pas chercher à s'écarter de cet originairement ainsi
en « donnant dans l'ésotérisme et l'excentrique
», c'est suivre
la voie de la Centralité commune.
FENG YOULAN : Quatre milieux existentiels 11
Nous pouvons distinguer quatre sortes de milieux existentiels
possibles : le milieu spontané, le milieu utilitaire, le milieu
moral et le milieu transcendant. Avant de consacrer un chapitre
à chacune e ces sortes de milieux, nous allons pour le moment en
mentionner les caractéristiques respectives.
Caractéristiques du milieu spontané :
ceux qui sont dans ce milieu conforment leur conduite à
leurs aptitudes et à l'habitude. Par conformité aux
aptitudes, nous entendons ce qu'on appelle communément suivre la
nature. Au chapitre précédent, nous avons
réservé le
mot « nature » à la nature logique, et avons
appelé « aptitudes » la nature biologique. Dans
l'expression courante, « suivre la nature », le mot «
nature », à proprement parler, désigne la nature
biologique, aussi ne parlons-nous pas de conformité à la
nature, mais de conformité aux aptitudes. Quant à
l'habitude dans l'expression conformité à l'habitude, il
peut s'agir soit des habitudes individuelles soit des coutumes d'une
société. Dans le milieu spontané, donc,
l'activité se conforme aux aptitudes, « faisant ce qu'on
ne peut pas se dispenser de faire, et évitant de faire ce qu'on
ne peut pas éviter de faire », et encore se conforme
à
l'habitude, « agissant selon la coutume ». Qu'il s'agisse
de
conformité aux aptitudes ou à l'habitude, l'homme n'a pas
une compréhension claire de la nature de ce qu'il accomplit. En
d'autres
termes, ce qu'il accomplit n'a pas de signification claire pour lui.
Sous
cet aspect, ce milieu à toutes les apparences de la confusion.
Cependant,
cette absence de compréhension et de signification ne
s'étend
pas à toutes les activités : aussi, cette confusion
n'est-elle qu'apparente. Par exemple, dans leur évocation de la
vie du peuple de l'Antiquité, les poèmes d'autrefois
décrivent assez bien la condition spirituelle de l'homme dans le
milieu spontané :
Ils creusent un puits, et boivent ; ils
labourent leur champ, et mangent.
Sans savoir, ni compréhension, ils se conforment à
la règle impériale. ( .. )
Avec le soleil, ils travaillent ; à son coucher, ils se reposent.
Sans connaître le travail du Ciel, comment comprendraient-ils le
pouvoir impérial ? 12
La « règle impériale » peut
désigner les normes du monde naturel, mais aussi toutes les
sortes de normes de conduite dans une société. Ces
normes, cet homme les observe, mais cette observance est toute
entière affaire de conformité aux aptitudes ou à
l'habitude. Non seulement il ne comprend pas ces normes, mais il n'a
même pas conscience de leur existence. C'est parce qu'il n'a pas
de compréhension consciente qu'il est dit « sans
connaissance et sans compréhension », mais cette absence
de compréhension consciente ne s'étend pas à
toutes ses activités : creuser un puits ou labourer un champ
sont des affaires dont il comprend en quoi elles consistent. Et quand
il creuse un puits ou laboure un champ, il a bien conscience
d'être en train de creuser un puits ou de labourer un champ. En
cela, il est bien un homme supérieur aux autres animaux.
A strictement parler, nous ne pouvons pas dire que l'homme dans
le milieu spontané soit sans connaissance, ni
compréhension, mais seulement sans élucidation, ni
examen. Le Mencius dit : « Agir sans élucidation, mettre
en pratique sans examen : la plupart continuent ainsi toute leur vie
sans comprendre le pourquoi ».13 Zhu
Xi commente : « élucidation : comprendre clairement ;
examen : connaissance détaillée »14
. Ce « sans élucidation et sans examen », c'est bien
ce que nous entendons par « sans compréhension claire.
».
Le milieu spontané n'est pas réservé
à l'homme des sociétés dites primitives, c'est
aussi
celui d'un très grand nombre de gens aujourd'hui dans les
sociétés les plus industrialisées. Eux aussi
« sont sans connaissance, ni compréhension, et se
conforment à la norme impériale ». Le milieu
spontané n'est pas non plus limité à ceux qui
peuvent seulement poursuivre des activités d'une valeur
très inférieure. Parmi les chercheurs et les artistes
doués d'une grande créativité, comme parmi les
bienfaiteurs de la société dont les actions «
stupéfient Ciel et Terre, et font pleurer démons et
esprits », beaucoup en fait « font ce qu'ils ne peuvent pas
se dispenser de faire, et évite de faire ce qu'ils ne peuvent
pas éviter de faire », et « ne comprennent pas
pourquoi il en est ainsi ». Le milieu existentiel de ces
personnes est aussi le milieu spontané.
Caractéristiques du milieu utilitaire.
Dans ce milieu, la conduite de l'homme est «
intéressée », c'est à dire orientée
vers l'intérêt propre. La conduite de tout animal est
orientée vers son intérêt propre ; seulement, pour
la grande majorité des animaux, leur conduite, qui est bien
orientée vers leur intérêt propre, est due à
l'impulsion de l'instinct, elle n'est pas le fait d'un plan
délibéré. Dans le milieu spontané, il y a
aussi certes des conduites orientées vers l'intérêt
propre, mais ceux dans ce milieu n'ont pas une compréhension
consciente claire de « soi-même », ni de leur «
intérêt » ; ils n'ont pas conscience d'avoir une
telle conduite et ils ne comprennent pas pourquoi ils l'ont. Au
contraire, l'homme du milieu utilitaire a une compréhension
consciente claire de « soi-même » et de son «
intérêt » , il comprend en quoi consiste sa conduite
et a conscience d'avoir une telle conduite. Par cette conduite, il
cherche à augmenter sa fortune, ou à développer
son entreprise, ou encore à accroître sa
réputation.
Au moment où il poursuit ces genres de conduite, il comprend en
quoi elles consistent, et aussi a conscience que ce sont bien les
siennes.
Dans ce genre de milieu, on peut trouver des conduites
très différentes, mais toutes ont le même but
ultime : l'intérêt personnel. Ce n'est pas dire que ces
personnes soient de parfaits égoïstes à la
façon de Yang Zhu15 : elles peuvent
se battre pour une cause, et même s'y sacrifier, mais leur but
ultime reste toujours leur intérêt propre. Dans les faits,
leurs actions peuvent profiter à d'autres, et même
à tout le monde. Par exemple, les empereurs Qin Shi Huang et Wu
Di ont mené des entreprises dont bon nombre, on peut le dire,
ont rendu service à tout le pays et profité à
toutes les générations après eux16
, mais, s'ils accomplissaient ces entreprises, c'était en vue de
leurs propres intérêts, et donc tout héros sans
égal qu'ils soient, leur milieu n'en est pas moins le milieu
utilitaire.
Caractéristiques du milieu moral :
Dans ce milieu-ci, la conduite de l'homme est «
désintéressée ». Ce
désintéressement et l'intérêt propre sont
à la fois opposés et complémentaires. La conduite
qui cherche son propre intérêt est une conduite
intéressée, une conduite qui cherche
l'intérêt de la société est une conduite
désintéressée. Dans ce milieu-ci, l'homme fait
preuve d'une compréhension consciente au sujet de
la nature humaine, il comprend la dimension sociale de la nature
humaine.
Par certains côtés, les institutions sociales avec leurs
régulations morales et politiques sont en général
des contraintes pour l'individu. Aux yeux de ceux dans le milieu
utilitaire, la société et l'individu sont antagonistes ;
pour l'individu, la société est « un mal
nécessaire » : clairement, la société
opprime l'individu, mais l'individu ne peut s'en passer s'il veut
préserver sa propre existence. Aux yeux de ceux dans le milieu
moral, l'homme doit se situer au milieu du « tout » s'il
veut se développer selon sa nature. La société et
l'individu donc ne sont pas antagonistes. La notion d'un individu
vivant indépendamment de la
société est tout simplement une élucubration
née
dans la tête de certains philosophes. Non seulement l'homme a
besoin
d'être en société pour pouvoir exister, il en a
aussi
besoin pour atteindre à sa complétude. La
société
est un tout, l'individu est une partie de ce tout. Si la partie se
sépare
du tout, elle ne peut plus jouer son rôle de partie. En fait, les
institutions sociales avec leurs régulations morales et
politiques
ne sont pas des contraintes pour l'individu. Elles constituent des
devoirs
essentiels au li de l'être homme. C'est seulement au milieu des
institutions
sociales et des régulations morales et politiques que l'homme
peut
faire que se développe son acquis en ce qui constitue son
humanité.
Dans le milieu utilitaire, toute la conduite a pour seul but de
« prendre possession », tandis que dans le milieu moral le
but est de « contribuer ». Dans le langage d'autrefois, on
parlerait de « prendre » et de « donner ». Dans
le milieu utilitaire, même quand on » donne », le but
est encore de » prendre ». Dans le milieu moral, même
quand on « prend », le but est encore de « donner
».
Caractéristiques du milieu transcendant.
La conduite de l'homme dans ce milieu consiste à «
servir le Ciel ». Cet homme comprend qu'outre le tout de la
société, il y a aussi le tout de l'univers et que c'est
seulement en comprenant cette existence du tout de l'univers que
l'homme peut développer à fond son acquis en ce qui
constitue son humanité et qu'il peut réaliser sa nature.
Celui qui vit dans ce milieu obtient une compréhension et une
conscience de soi complètes et d'un niveau supérieur : il
a une compréhension totale de sa nature, parce qu'il comprend le
Ciel. Comprenant le Ciel, il comprend que l'homme n'est pas seulement
une partie du tout de la société, mais aussi
une partie du tout de l'univers. Non seulement l'homme doit contribuer
à la société, il doit aussi contribuer à
l'univers ; et ce n'est pas seulement dans la société,
mais aussi au milieu de l'univers que l'homme doit trouver sa place. La
conduite de l'homme a des implications non seulement avec la
société, mais aussi avec l'univers. Ceux dans le milieu
transcendantal, ont une compréhension consciente que son corps a
beau ne mesurer que sept pieds, l'homme peut « faire une triade
avec le Ciel et la Terre » ; sa longévité ne
dépasse pas la centaine, mais il peut « avoir l'âge
du Ciel et de la Terre, et briller à l'instar du soleil et de la
lune ».
1 Traduction
d'Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Seuil,
1997, p.65. On peut aussi dire : "Quand l'occasion se présente,
mettre en pratique ce que l'on a appris."
2 Grade de l'administration impériale :
lettré du troisième grade.
3 Cette biographie est extraite de l'ouvrage de
Huang Zongxi (1610-1695), Mingru xue'an ("The Records of Ming
Scholars," "Les Ecoles de lettrés des Ming"). Cette histoire
intellectuelle de la dynastie Ming (1368-1644) fut terminée en
1676. Il en existe une traduction partielle en anglais : Huang
Tsung-hsi, The Records of Ming Scholars, ed. by Julia Ching,
Honolulu : University of Hawaii Press, 1987.
4 Cette rébellion (1402) était
menée par l'oncle du jeune empereur.
5 Moine bouddhiste, Yao Guangxiao (1335-1419)
était l'éminence grise du nouvel empereur.
6 Au cours de la dynastie des Zhou occidentaux
1066-771),le Due de Zhou a très loyalement rempli ses fonctions
de Régent, pour le compte de son jeune neveu, avant de lui
restituer le trône. Voir, Anne Cheng, Histoire de la
pensée chinoise, p. 42.
7 Anne Cheng, Histoire de la pensée
chinoise, p. 516-5171
8 Cheng Yichuan, Yichuan yishu , "
Ecrits laissés par Cheng Yichuan ".
9 Yan Yuan (1635-1704) et Li Gong (1659-1733):
deux penseurs critiques de la métaphysique
néo-confucéenne de leur époque.
10 " Nouvelle étude du Principe ",
Changsha, 1939.
11 Extraits de Xin Yuan Ren, " Un
nouveau Traité sur la Nature de l'Homme ", Chongqing, 1943. On
trouvera une autre version de ce développement au chapître
28 de son " Précis d'histoire de la Philosophie Chinoise ",
Payot,
Paris, pp.344s.
12 Citation célèbre, remontant
à un chant de l'antiquité: Jirang ge (" A l'attaque des
terres "): " Au lever du soleil, je travaille, au coucher du soleil, je
me repose. Je creuse un puits pour boire, je laboure pour me nourrir.
Qu'est-ce
que la puissance impériale y peut ? ".
Ce chant est cité aussi, avec des variations. dans
le Lun heng (chapitre "Yiceng") et dans le Zhuang Zi (chapître
"Rang wang", renoncer au trône).
13 Mencius, 7A, 5.
14 Zhu Xi, 1130-1200.
15 Yang Zhu, penseur "proto-taoïste", connu
surtout par les critiques de ses adversaires, Mencius et Xunzi.
Préoccuipé par la conservation de son corps, il affirmait
qu'il refuserait de sacrifier un seul de ses poils, mêms si ce
sacrifice
devait sauver le monde, d'où l'étiquette
d'égoïsme
qui est attachée à son nom.
16 Qin Shi Huang Di (221-210), l'unificateur de
la Chine, Wu Di (141-87), sixième empereur de la dynastie des
Han.